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BELGIQUE
AVANT LA DÉPÉNALISATION
L'avis du 20 juin 2001 du Conseil d'État sur la loi relative à l'euthanasie
En raison de
son importance au point de vue juridique nous reproduisons ci-après
l'essentiel de cet avis qui avait été demandé par le président du Sénat
avant de soumettre la loi au vote de l'assemblée (le texte intégral a été
reproduit dans notre bulletin n°81).
Le texte examine d’abord
si la proposition de dépénalisation de l’euthanasie est compatible avec le
droit à la vie, garanti par l’article 2 de la Convention européenne des
droits de l’homme (CEDH) et par l’article 6 du pacte international relatif
aux droits civiles et politiques (PIDCP).
Le conseil d’État
fait remarquer que la CEDH et le PIDCP ne visent pas à protéger
" la vie " en tant que telle mais bien " le
droit à la vie " et il considère que cette protection doit
être mise en balance avec le droit à l’autodétermination des individus et
avec le rôle du législateur consistant à concilier des conceptions
éthiques opposées dans ce domaine. Le Conseil d’État examine point par
point les conditions que la proposition de loi met à la pratique de l’euthanasie,
que ce soit en phase terminale ou non terminale de la maladie, ainsi que les
conditions mises pour rendre valide la déclaration anticipée de volontés. Il
conclut que la proposition de loi est parfaitement compatible avec les
dispositions de la CEDH et du PIDCP car il respecte le droit à la vie en
prenant toutes les précautions nécessaires pour s’assurer de la volonté
réelle du patient.
En ce qui concerne les soins palliatifs (qui se situent en dehors
du droit pénal), le texte fait observer que certains actes pratiqués en
médecine palliative qui dépassent le simple traitement de la douleur (la
" sédation contrôlée ") s’apparentent à l’euthanasie.
Il demande donc de définir de manière plus précise la notion de soins
palliatifs afin d’identifier clairement les actes qui échappent à la loi
pénale parce qu’ils sont réellement " palliatifs " et
ceux qui sont punissables car ils visent indirectement à provoquer la mort.
Le Conseil d’État examine ensuite la question du suicide médicalement
assisté. Il se demande pourquoi la proposition de loi ne l’envisage pas
alors qu’il ne diffère de l’euthanasie que par le fait que l’acte
conduisant à la mort est posé par le malade et non par le médecin, celui-ci
se bornant à la prescription de substances létales. Il suggère que la
proposition de loi inclue le suicide médicalement assisté ou justifie les
raisons de cette abstention.
Enfin, le Conseil d’État suggère de prévoir des peines distinctes suivant
que le médecin qui pratique une euthanasie n’ait pas respecté une
condition considérée comme essentielle ou une condition purement formelle.
L’avis se termine par quelques remarques mineures concernant certains points
rédactionnels.
La
prise de position des Universités de Bruxelles lors des débats
parlementaires qui ont abouti à la dépénalisation de
l'euthanasie
Les Conseils d’Administration de la
Vrije Universiteit Brussel et de l’Université Libre de Bruxelles ont, en
leurs séances respectives du 5 et du 19 février 2001, adopté une position
commune dans le débat sur l'euthanasie. Cette déclaration a en outre
recueilli l'avis favorable des hôpitaux académiques des deux universités.
Le texte en est reproduit ci-dessous
Après de longs préliminaires, la question
de la dépénalisation de l’euthanasie a actuellement atteint le stade des
décisions parlementaires. Dans cette phase cruciale du débat, nous tenons
à affirmer notre appui aux propositions qui tendent à assurer le respect
du pluralisme éthique de notre société et le droit à l’autonomie des
individus dans le domaine de la fin de la vie. C’est au nom de ce
pluralisme et de ce droit que nos universités soutiennent les
initiatives tendant à donner au malade en impasse médicale irréversible
la possibilité légale de choisir les modalités de sa mort et au médecin
qui accepte de lui accorder son aide active, la possibilité de prendre sa
décision en conscience sans la menace qu’un tel geste ne constitue une
infraction
Le fait que l’euthanasie soit considérée par la loi comme
un homicide avec préméditation, quelles que soient les circonstances, a
des effets pervers sur les attitudes médicales. Il entraîne une réticence
des médecins à aborder clairement et franchement avec le patient la
question de la mort et de son accompagnement, oblige le patient à subir la
maladie jusqu’à son terme, quelles que soient ses souffrances, conduit à
des interventions médicales destinées à soulager la fin de la vie prises
tardivement à un moment où la concertation avec le malade n’est souvent
plus possible. Il est paradoxal qu’après avoir eu pour règle de
respecter les choix des patients pendant le cours de leur affection, les
médecins se voient interdire par la loi de les respecter face à la mort.
On ne peut plus ignorer que le médecin est pourtant souvent
amené à décider, par souci d’humanité, de mettre fin à la vie. Que ce
soit dans les unités de soins intensifs ou dans les services de soins
palliatifs, l’arrêt de traitement et l’administration d’analgésiques
à hautes doses hâtent fréquemment le décès, particulièrement lorsque
le malade en grande souffrance n’est plus en état de s’exprimer. Mais
quand il s’agit de patients conscients et lucides, la survie leur est
aujourd’hui légalement imposée quels que soient leur état, leurs
souffrances, leur qualité de vie et leur souhait. Bien que les soins
palliatifs constituent un progrès majeur dans l’humanisation de la fin de
la vie, personne ne conteste que des situations de souffrance incontrôlable
persistent, qu’un simple arrêt de traitement ne signifie pas
nécessairement une mort sans souffrance et que certains patients refusent
fermement toute forme d’acharnement, même palliatif, au nom de leur
dignité humaine et de leur libre choix. Dans de telles situations, le
médecin doit pouvoir respecter une demande éventuelle de mettre activement
fin à la vie s’il la juge en conscience légitime.
En fixant un cadre légal strict, la loi garantirait le choix
éthique non seulement de ceux qui estiment avoir le droit de disposer de
leur vie mais aussi de ceux qui, pour des raisons hautement honorables,
considèrent que leur vie ne leur appartient pas et souhaitent qu’elle
suive son cours jusqu’à son terme naturel. Il n’est pas légitime que l’un
de ces choix ne soit possible que dans la clandestinité. L’expérience
aux Pays-Bas de vingt années de dépénalisation conditionnelle de facto de
l’euthanasie, menée avec une rigueur exemplaire jusqu’à aboutir à sa
légalisation récente, a démontré à la fois les effets positifs d’une
telle dépénalisation sur les attitudes médicales et les limites réelles
qu’une société démocratique peut déployer face aux risques de dérives
" eugéniques " ou
" économiques " exprimées par certains.
La reconnaissance d’une souveraineté de l’homme sur sa
vie est à la base de l’esprit humaniste qui anime nos universités. Elle
implique que soit reconnue la possibilité dans certaines situations de
souffrance et de déchéance d’obtenir du médecin le geste ultime et
fraternel qui permet d’anticiper la mort. Nous plaidons fermement pour que
la dépénalisation de ce geste lui donne droit de cité et assure, sans
rien imposer à personne, le respect du pluralisme éthique qui existe au
sein de notre société en particulier dans les attitudes concernant la vie
et la mort.
Les inculpations
pour euthanasies
Année
2000
Inculpation
de deux médecins
Communiqué de presse: L'ADMD a pris connaissance de l'inculpation
d'homicide volontaire avec préméditation à l'encontre de deux médecins de
l'Hôpital de la Citadelle à Liège, pour avoir pratiqué un arrêt actif de
vie chez un patient en situation d'impasse thérapeutique totale. L'ADMD
constate une fois de plus l'iniquité de la loi actuelle qui qualifie
d'assassinat un acte médical d'interruption de vie accompli par compassion.
...Par ailleurs, indépendamment de l'instruction en cours, l'ADMD s'élève
énergiquement contre la détention d'un des médecin inculpés (3
février 2000)
Après
ce communiqué, nous avons pris contact avec les médecins inculpés pour les
assurer de notre entier soutien, ainsi qu'avec la famille du patient à qui
nous avons fait part de notre sympathie et de notre indignation devant les
procédures judiciaires qui les accablent.
Le médecin détenu a été libéré après cinq jours d'emprisonnement.
Cette affaire a soulevé l'indignation dans le milieu médical. Nous avons
reçu dans les semaines qui ont suivi les inculpations un grand nombre de signatures
de médecins et de membres du personnel paramédical à notre
appel en faveur de la dépénalisation de l'euthanasie.
Dans le numéro de juin 2000 de notre bulletin trimestriel, le docteur Claude
Chevolet, un des inculpés, s'est exprimé avec clarté et dignité en faveur
d'une législation.
En date du 6 février 2003, la
Chambre des Mises en Accusation de Liège a enfin décidé l'abandon des
poursuites, en se référant à la loi de dépénalisation de l'euthanasie. Les deux médecins inculpés nous ont adressé des remerciements
pour notre action. Nous sommes heureux de ce dénouement et assurons ces
deux médecins de toute notre sympathie pour leur courage.
Inculpation d'une infirmière et des ses
parents
Le 9 février 2000,
une infirmière de la clinique universitaire d'Anvers a été inculpée
d'assassinat et incarcérée avec ses parents, accusés de complicité, pour
avoir mis fin à la vie d'une malade cancéreuse au stade terminal de son
affection. L'ADMD s'est élevée contre cette arrestation qui démontre que l'interdit d'euthanasie
conduit à des actes clandestins de désespoir et à des drames qui
détruisent toute une famille. Nous
avons demandé à l'avocat de la jeune femme de transmettre à celle-ci nos
sentiments de sympathie et nous lui avons fait part de ce que nous étions
disposés à lui apporter l'aide et les témoignages qui pourraient être
utiles à sa défense.
Après 3 mois de détention, l'infirmière et de ses parents ont été
libérés.
En juin 2005, la chambre des mises en accusation d'Anvers a décidé
que la jeune femme serait jugée en Cour d'Assises pour
assassinat! Après une délibération de 50 minutes, le jury de
la Cour d'Assises a acquitté l'infirmière le 13 février 2006.
L'euthanasie
de Jean-Marie Lorand
J-M. Lorand, âgé de 51 ans, atteint d'une affection neuro-musculaire
dégénérative qui ne lui laissait plus que l'usage de deux doigts et qui
réclamait depuis deux ans de pouvoir bénéficier d'une euthanasie (voir son
livre "Aidez-moi à mourir" paru aux éd. Labor et son
journal "Ma dernière Liberté" aux éd. Luc Pire) a finalement obtenu
l'aide clandestine d'un médecin le 8 juillet 2000,
c'est-à-dire avant la promulgation de la loi de dépénalisation. Nous rendons un hommage ému au médecin courageux qui a posé ce geste
d'humanité dans un contexte de médiatisation qui rendait très aléatoire
l'espoir de pouvoir garder le secret.
L'
instruction judiciaire, ouverte à l'encontre du médecin qui s'était présenté
spontanément au juge d'instruction, a été close sans inculpation après
l'entrée en vigueur de la loi de dépénalisation.
Année 2001
Inculpation et arrestation d'un médecin
Inculpée d'assassinat pour avoir arrêté
les soins et débranché le respirateur d'un patient en fin de vie, une femme
médecin de l'hôpital de Boom a été emprisonnée le 24 octobre 2001 et remise en liberté après trois mois de
détention. L'ADMD s'est élevée avec vigueur contre cette inculpation
et l' incarcération arbitraire du médecin (voir dans notre bulletin de mars
2002 le dossier consacré à cette affaire :article du Prof. W. Distelmans).
Inculpation d'un infirmier
Un jeune infirmier de la clinique "La Dorcas" à Tournai a été inculpé le 9
mars 2001 pour avoir mis fin à la vie de trois patients inconscients en situation terminale
irréversible. D'après la presse, il était compétent et dynamique et avait
même monté une cellule d'accueil pour recevoir les proches des patients dans
un environnement plus humain.
Alors que l'interdit légal paralyse beaucoup de médecins, cette nouvelle
affaire montre qu'il se trouve des infirmier(ère)s sensibles à la détresse
des mourants qui prennent leurs responsabilités dans la clandestinité de
leurs gardes.
Mis immédiatement en détention à la prison de Tournai, ce jeune infirmier a
vu cette détention prolongée à plusieurs reprises. Il a finalement
été remis en liberté après plusieurs mois de détention mais est resté
inculpé. Son procès en Cour d'Assises a eu lieu en juin 2008. Il a été
acquitté pour les deux arrêts de traitement qu'il avait pratiqués et reconnu
coupable de l'assassinat d'un patient chez lequel il avait injecté un
produit létal. La peine prononcée a été minimale: trois ans de réclusion
avec sursis.
APRÈS
L'ENTRÉE EN VIGUEUR DE LA LOI
L'application
de la loi de dépénalisation de l'euthanasie
LES RAPPORTS DE LA COMMISSION FÉDÉRALE DE CONTRÔLE ET
D'ÉVALUATION
La loi
dépénalisant l'euthanasie est en vigueur depuis le 22 septembre 2002.
La commission de
contrôle et d'évaluation qui se réunit régulièrement pour l'examen des
déclarations qui lui sont adressées publie un rapport tous les deux ans.
Nous reproduisons ci-après un résumé des rapports publiés à ce jour.(Le texte
intégral des rapports est disponible sur le site du service fédéral de la Santé
publique www.health.fgov.be/euthanasie).
La commission fédérale de contrôle et
d’évaluation
Elle est composée de 16 membres : 8
médecins dont quatre professeurs d’université, 4 juristes ou professeurs
de droit, 4 membres d’organisations qui s’occupent de la problématique
de la fin de vie. Elle examine le volet anonyme du document
d’enregistrement envoyé par le médecin qui a pratiqué une euthanasie et
peut, en cas de doute, ouvrir le volet nominal pour demander des
explications complémentaires au médecin. Elle a le droit, à la majorité
des 2/3 des voix, de transmettre le dossier à la justice si elle estime
que les conditions de la loi n’ont pas été respectées.
LE NOMBRE D’EUTHANASIES PRATIQUÉES
Les décès par euthanasie représentent moins de 1% de
l’ensemble du nombre de décès dans notre pays. L’évolution du nombre
d’euthanasie est représentée ci-dessous.

SURTOUT DES CAS DE
CANCERS ET D’AFFECTIONS NEUROLOGIQUES
La grande majorité des affections (près de 80 %)
qui donnent lieu à une euthanasie sont des cancers généralisés ou
gravement mutilants chez des patients dont la plupart
avaient subi de multiples traitements à visée curative et/ou palliative, qui
étaient souvent suivis par des équipes de soins palliatifs et dont le décès
est prévisible dans les jours ou semaines à venir. Les affections
neuromusculaires évolutives mortelles et, dans une moindre mesure, les
séquelles neurologiques dues à une maladie ou un accident viennent en second
lieu (près de 10%). Les autres affections sont plus rarement à
l’origine d’une euthanasie.
Près de 5% des euthanasies concernent des cas
d’affections engendrant de grandes souffrances mais dont le décès n’est
prévisible qu’à une échéance lointaine (plusieurs mois ou années) : ces
patients ont obtenu une euthanasie, comme la loi le permet, après avis de
deux consultants et un délai d’attente d’un mois après la demande écrite
SURTOUT
DES MALADES D’AGE MOYEN
80 % des euthanasies sont pratiquées chez des
patients âgés de 40 à 79 ans. L’euthanasie est rare avant 20 ans et
elle est peu fréquente après 80 ans.
LA MOITIÉ DES EUTHANASIES PRATIQUÉES À LA
RÉSIDENCE DES PATIENTS
On relève que plus de 50
% des euthanasies sont pratiquées à la résidence du patient, soit au
domicile du malade (en général par le médecin généraliste) soit plus
rarement dans une maison de repos ou de repos et de soins. Près de
45 %
sont pratiquées en milieu hospitalier.
DES SOUFFRANCES PHYSIQUES ET PSYCHIQUES
Chez la plupart des malades,
plusieurs types de souffrances, tant physiques que psychiques, sont présents
simultanément. Les souffrances sont toutes décrites comme constantes,
insupportables et inapaisables. Parmi les souffrances physiques le plus
souvent mentionnées, il faut noter la suffocation, l’obstruction
digestive avec vomissements, les douleurs ; quant aux souffrances
psychiques, la dépendance, la perte de dignité et le désespoir
sont les plus fréquentes.
La commission a considéré que si certains facteurs
objectifs peuvent contribuer à estimer le caractère insupportable de la
souffrance, celui-ci est en grande partie d’ordre subjectif et dépend de la
personnalité du patient, des conceptions et des valeurs qui lui sont
propres. La commission note également que dans certains cas, le caractère
insupportable des souffrances doit être estimé en tenant compte de l’âge.
UNE MORT
CALME ET RAPIDE EN SOMMEIL PROFOND
Dans plus de 90 % des
cas, le décès est obtenu en induisant d’abord par injection intraveineuse
une inconscience profonde (en général par injection d’une solution de
Pentothal), et (sauf si le décès se produit en quelques minutes, ce qui est
très fréquent) en injectant ensuite un paralysant neuromusculaire qui
provoque le décès par arrêt respiratoire. La commission note que, d’après
les données disponibles de la littérature médicale, une telle manière d’agir
est effectivement la plus adéquate pour remplir les conditions requises pour
une euthanasie correcte : décès rapide et calme, sans souffrance ni
effets secondaires.
LES CAS DE SUICIDES MEDICALEMENT ASSISTÉS
Dans un petit nombre
d’euthanasies, l’inconscience est obtenue par administration d’un
barbiturique en potion que le malade a avalé lui-même. Dans quelques-uns de
ces cas, un paralysant neuromusculaire est injecté après que le patient soit
devenu inconscient. Puisque c’est le malade lui-même qui ingère le produit,
il s’agit d’un acte qui peut être qualifié de « suicide médicalement
assisté ». La commission a considéré que cette manière de procéder est
autorisée par la loi pour autant que les conditions et les procédures
légales aient été respectées et que l’acte se soit déroulé sous la
responsabilité du médecin présent et prêt à intervenir.
Près de 80 %
des déclarations sont rédigées en néerlandais et près de 20 %
en français (voir le graphique ci avant). Les médecins francophones sont-ils
plus réticents à répondre favorablement à une demande d’euthanasie que leurs
confrères flamands et se contentent-ils souvent d’administrer des sédatifs
et des opiacés qui entrent dans le cadre de soins palliatifs, n’entraînent
pas indiscutablement la mort et ne nécessitent donc pas de déclaration ? La
population francophone est-elle moins encline à demander la mort par
euthanasie ? Ou plusieurs facteurs s’additionnent-ils ? L’hypothèse avancée
par certains selon laquelle la différence s’expliquerait par une absence de
déclaration par les médecins francophones de véritables euthanasies
correctement pratiquées est peu vraisemblable étant donné que les produits
létaux prescrits et utilisés pour de telles euthanasies comportent un risque
sérieux d’inculpation judiciaire.
Beaucoup de déclarations mentionnent que le décès est survenu rapidement
et calmement, dans une atmosphère sereine avec un accompagnement par des
proches pendant l’acte et que des remerciements ont été adressés au
médecin.
Aucune déclaration n’a jusqu’à présent été transmise
à la justice.
Mai 2010
INFORMATION CONCERNANT L’ENREGISTREMENT DE
LA DÉCLARATION ANTICIPÉE D’EUTHANASIE AUPRÈS DE L’ADMINISTRATION COMMUNALE
À partir du 1er septembre 2008,
les déclarations anticipées d’euthanasie peuvent être enregistrées auprès de
l’administration communale du domicile du déclarant. Celui-ci doit se
présenter à l’administration communale, muni
de sa carte d’identité et d’un exemplaire de sa déclaration anticipée. Une
copie lui sera remise sur place ou lui sera envoyée dans les 15 jours. Si en
raison d’une incapacité physique, le déclarant n’a pas rédigé soi-même la
déclaration, la personne qui l’a rédigée et qui est désignée dans la
rubrique II B de la déclaration peut la faire enregistrer.
La déclaration est alors transmise par cette
administration via le registre national à une banque de données centrale du
Service Public Fédéral Santé publique où elle est conservée et peut être
communiquée à un médecin.
REMARQUE: CET ENREGISTREMENT EST FACULTATIF ET UNE DÉCLARATION NON
ENREGISTRÉE EST PARFAITEMENT VALABLE
INFORMATIONS
DIVERSES
VOIR DANS NOS BULLETINS
( PAGE ACTUALITÉS ) LES INFORMATIONS RÉCENTES
Un
médecin licencié pour euthanasie!
La direction
de l’hôpital " Onze Lieve Vrouw " d’Alost a
annoncé avoir procédé en février 2003 au licenciement d’un médecin
pour avoir pratiqué l’euthanasie chez une patiente atteinte d’un cancer
du sein avec métastases multiples, en fin de vie, qui en avait fait la
demande répétée. Une plainte a aussi été déposée auprès du parquet
sous prétexte que la loi n’aurait pas été respectée car le dossier ne
comportait pas de demande écrite de la patiente. Pourtant,
conformément à la loi, le médecin avait déclaré l’euthanasie à la
commission de contrôle et celle-ci l’avait classée sans suite. Dans un
récit publié dans la presse, le médecin
justifie son acte. Il explique que la patiente était pratiquement
mourante: plus aucun traitement n’était possible, le cancer du sein
avait envahi les poumons et la plèvre, provoquant un épanchement qui se
renouvelait malgré les ponctions répétées, elle avait une plaie de 30 cm
sur 40 à la poitrine, ne pesait plus que 30 kilos, recevait des doses
énormes de morphine, suffoquait et crachait du sang. Elle avait supplié le
médecin au moins une trentaine de fois de mettre fin à ce calvaire et la
famille, présente, était d’accord avec elle.
Dénoncé par
un confrère, le médecin fut convoqué par la direction de la clinique au
grand complet pour s’entendre dire qu’il avait
commis un meurtre et que son geste portait atteinte à la réputation d’une
clinique catholique.
Comme l’a
déclaré le professeur W. Distelmans, co-président de la commission de
contrôle et d'évaluation, le but de cette mesure d’exclusion
est manifestement d’intimider les médecins pour les empêcher d’appliquer
la loi en menaçant leur avenir professionnel au sein d’une institution
hospitalière. Quelle lamentable manœuvre de la part de ceux qui n’ont
pas abandonné leurs conceptions inhumaines, intégristes et totalitaires
concernant la manière dont à leurs yeux doit se passer la fin de la
vie !
En juin
2005, après deux ans d'instruction, le parquet a décidé d'abandonner les
poursuites. Malgré l'absence d'une demande écrite, l'enquête a confirmé
le caractère volontaire, insistant et répété de la demande, comme le loi
l'exige. Finalement, le médecin a obtenu une indemnisation du préjudice
subi (voir notre bulletin de juin 2007)
L'avis du 4 avril
2003 du Conseil
national de l'Ordre des médecins concernant les législations relatives à
l'euthanasie, aux soins palliatifs et aux droits du patient
Dans un avis publié le 4
avril 2003, le conseil national de l'Ordre des médecins affirme la
légitimité des lois relatives à la fin de la vie et, en particulier, de
celle relative à l'euthanasie, qui ont été démocratiquement votées et
qui respectent la liberté de conscience de chaque médecin. Il confirme qu'un
médecin ne peut faire l'objet de sanction disciplinaire de la part des
conseils de l'Ordre lorsqu'il s'est conformé à la loi et il annonce une
modification en ce sens des articles du code de déontologie qui traitent de
la fin de la vie. L'ADMD se félicite de cette prise de position qui
répondait à l'attente de nombreux médecins. Le texte de cet avis peut
être consulté sur le site Internet de l'Ordre des médecins à l'adresse http://www.ordomedic.be/fr/IIIann1_2003.htm
En conformité avec cet avis, le
Conseil national a supprimé en mars 2006, dans l'article 95 du code
de déontologie, l'interdiction faite au médecin de mettre fin à la vie
d'un patient même à la demande de celui-ci.
Création de "forums médicaux"
d'aide aux décisions médicales en fin de vie
À l'instar
des Pays-Bas où fonctionnent des groupes médicaux d'aide et de
consultation ("SCEN") mis sur pied par la Société royale
néerlandaise de médecine pour apporter une aide aux médecins
généralistes confrontés à des problèmes de fin de vie et à une demande d'euthanasie, un "forum
" similaire ("LEIF") a été créé en Flandre avec le même
objectif et fonctionne depuis deux ans. Il groupe près de trois cents
médecins. Un tel "Forum" s'est créé à l'initiative
de l'ADMD en Communauté
française sous le signe EOL (End Of Life) et compte près de 100 médecins
(voir la page "Médecins EOL").
Le but de ces groupements est
de former des médecins capables d'apporter une aide à des confrères
confrontés à des problèmes difficiles de fin de vie, concernant les
possibilités palliatives, les demandes d'euthanasie et, en cas
d'euthanasie, à intervenir comme consultants, comme le prévoit la loi.
Controverse après la mort par euthanasie, le 19 mars 2008, du
grand écrivain flamand Hugo Claus.
Atteint d'une maladie d'Alzheimer mais encore lucide, il a souhaité que sa
décision de mourir par euthanasie soit rendue publique, suscitant la
colère des opposants à la dépénalisation.
Discussions
sur une extension éventuelle de la loi de dépénalisation
Diverses initiatives et prises de position ont été rendues publiques
une modification de la déclaration anticipée d'euthanasie pour
permettre sa validité dans des situations d'"incompétence" au lieu
d'"inconscience" comme c'est le cas actuellement. Le débat est engagé et
plusieurs propositions de loi ont été déposées mais n'ont pas encore
été discutées.
La mort controversée d'une nonagénaire suscite des prises
de positions
parfois mal informées sur
l'application de la loi chez des patients très âgés (voir l'article dans la
rubrique EOL de ce site)
L'extension
du champ d'application de la loi aux mineurs d'âge fait débat (voir
l'article dans la rubrique EOL de ce site)
.
FRANCE.
Une
recommandation du Comité national d'Ethique du 3 mars 2000 restée sans
suite
Dans un rapport intitulé " Fin de vie, arrêt
de vie, euthanasie " le Comité national d’éthique
français demande que la loi prévoie une " exception d’euthanasie "
permettant à posteriori, en cas de procédure judiciaire, un examen
particulier qui " permettrait d’apprécier tant les
circonstances exceptionnelles pouvant conduire à des arrêts de vie que les
conditions de leur réalisation ". Cette évaluation " devrait
faire l’objet d’un examen en début d’instruction ou de débats par
une commission interdisciplinaire " qui serait chargée d’étudier
non la culpabilité de droit ou de fait de l’auteur mais les mobiles qui l’ont
animé : souci d’abréger les
souffrances, respect d’une demande formulée par le patient, compassion
face à l’inéluctable.
Le Comité d’éthique souhaite que
" les cours et les tribunaux disposent du moyen légal d’échapper
au dilemme que leur pose actuellement dans ces situations le décalage entre
le droit et la réalité humaine ".
L' euthanasie de Vincent Humbert
Un jeune homme de 21 ans, Vincent Humbert, immobilisé sur un lit
d'hôpital depuis deux ans, tétraplégique, muet, aveugle, nourri par sonde
gastrique, à la suite d'un
accident, réclamait depuis des mois le droit d'être aidé à mourir. Le médecin qui le
soignait, tout en reconnaissant la souffrance du jeune homme, avouait son
impuissance face à l'interdit légal.
C'est finalement sa mère qui a introduit dans la sonde gastrique les
barbituriques salvateurs et il a pu enfin mourir, les médecins ayant
abandonné la tentative de réanimation qu'ils avaient commencé à mettre
en oeuvre. Une instruction judiciaire a été ouverte à l'encontre de Marie
Humbert pour "tentative d'empoisonnement" et à l'encontre du
médecin qui avait arrêté la réanimation, le docteur F. Chaussoy, pour "empoisonnement avec
préméditation". Finalement un non-lieu a été prononcé.
Notre bulletin de décembre 2003 consacre un dossier à ce drame et rend
compte du livre de Vincent Humbert "Je demande le droit de
mourir". Lire aussi l'article "Et si
Vincent Humbert avait vécu en Belgique?" paru dans "La Libre
Belgique" du 1er octobre 2003.
Le très beau téléfilm "L'amour d'une mère" de Marc Angelo retrace fidèlement toute cette affaire.
Christine Malèvre condamnée à dix ans de prison, puis à douze ans! Sa
libération conditionnelle enfin obtenue en 2008.
La Cour d'assises de Versailles avait condamné le 31 janvier 2003
l'infirmière Christine Malèvre à 10 ans de prison pour avoir
pratiqué plusieurs euthanasies présentées par l'accusation comme des
assassinats. En appel devant la Cour d'assises de Paris, cette condamnation
a été encore renforcée (12 ans) après un réquisitoire particulièrement
violent et odieux de l'avocat général.
L'ADMD s'insurge contre cette scandaleuse condamnation qui démontre une
fois de plus que lorsque l'euthanasie est interdite et considérée comme un
assassinat, la compassion ne peut s'exercer que dans la clandestinité et au
prix de risques intolérables.
Nous avons consacré un dossier à cette affaire dans nos bulletins de mars et
septembre 2003 ainsi que dans celui de décembre 2008 et nous sommes restés en contact avec Christine Malèvre.
Celle-ci a fait preuve d'un courage magnifique: en prison, elle a terminé des études supérieures de comptabilité et
s'est mariée. Après six ans de réclusion, elle a enfin obtenu une libération
conditionnelle (décembre 2008)
La mission d'information sur l'accompagnement de la fin de la vie
accouche d'une loi pour "laisser mourir"...
Créée à la suite de l'émotion suscitée par l'euthanasie de Vincent
Humbert, la mission d'information sur la fin de la vie a déposé son
rapport. Sans surprises quand on sait l'opposition farouche du gouvernement
français actuel à toute législation concernant l'euthanasie, le rapport
conclut ...au droit du médecin à "laisser mourir" mais non à
"faire mourir". Bien entendu, le rapport est muet sur la phase qui
sépare l'arrêt d'un traitement vital et la mort: tout au plus cite-t-il la
possibilité dans certains cas (et encore, sous conditions) d'une
"sédation" en attendant que la mort veuille bien survenir...Ce rapport a été
approuvé à l'Assemblée Nationale le
30 novembre et la loi annoncée (loi Léonetti) a été votée
après un débat tronqué le 13 avril 1005
uniquement par les voix des députés UMP.
Devant les réactions de la population, une
"réévaluation" a dû être faite avec, bien entendu, les mêmes conclusions. Cet aboutissement, qui bénéficie naturellement de l'appui des Églises, suscite de
nombreuses réactions: Marie Humbert, en liaison avec
l'association "Faut qu'on s'active" (www.fautquonsactive.com) et
l'ADMD
France, qui avaient ouvert une pétition pour l'adoption d'une législation prévoyant
"l'exception d'euthanasie" continuent ce combat. Le docteur Chaussoy, inculpé d'"empoisonnement" pour avoir mis fin au
calvaire de Vincent Humbert a publié un livre qui relate les
conditions de sa décision (voir nos bulletins ainsi que le site de l'ADMD France
www.admd.net).
La
justice française continue à être confrontée aux drames liés à
l'interdiction de l'euthanasie
Un
médecin, Laurence Trémois et une
infirmière, Chantal Chanel de l’hôpital de Saint Astier (Dordogne)
ont été inculpées de
meurtre pour avoir pratiqué une euthanasie à une patiente atteinte d’un
cancer du pancréas au stade terminal. La famille soutient les soignants et
refuse de porter plainte. Le docteur Frédéric Chaussoy a pris vigoureusement la défense
des inculpés de ce nouveau drame. Le verdict final acquittant l'infirmière et condamnant le médecin à un an de prison avec
sursis trahit
l'embarras de la justice.
En
mars 2008, Chantal Sébire, atteinte d'une cancer incurable du crâne et de
la face , après avoir demandé en vain le droit d'être aidée à mourir, se suicide
.
En août 2008, c'est un jeune paralysé de 23 ans, Rémy Salvat qui, comme
Vincent Humbert, écrit en vain au président de la République puis se
suicide. Ces drames relancent chaque fois le débat, toujours refusé par les
responsables politiques.
En janvier 2011 le Sénat
rejette une proposition de loi autorisant l'euthanasie sous conditions
Gd DUCHÉ DE
LUXEMBOURG
La Chambre des députés a adopté le 19 février 2008 par 30 voix contre 26,
après un long débat, une proposition de loi dépénalisant l'euthanasie
et le suicide assisté et, à l'unanimité, un projet de loi sur les soins palliatifs.
Le texte adopté est pratiquement similaire à la législation belge. La proposition de loi
a été adoptée en seconde
lecture par 31 voix contre 25.
Imitant le roi Beaudouin qui, en Belgique, avait refusé de signer la loi
autorisant l'avortement, le Gd Duc Henri a fait savoir qu'il ne
signerait pas la loi, créant un débat institutionnel qui a abouti à une
modification de la Constitution limitant ses prérogatives. Finalement la
loi a été promulguée (16 mars 2009)
Toutes
nos félicitations à la vaillante équipe de notre association soeur
luxembourgeoise pour ce magnifique succès
avec tous nos souhaits pour qu'il soit finalisé .
PAYS-BAS
Le texte intégral de la loi
relative à l'euthanasie et à l'assistance au suicide peut être consulté sur
le site de l'Association Néerlandaise pour l'Euthanasie Volontaire (www.nvve.nl).
.
ÉTATS-UNIS
Une législation
autorisant le suicide médicalement assisté aux patients incurables dont la
mort est prévisible dans un délai de 6 mois est en vigueur dans l'État
d'Oregon.
Des sénateurs républicains avaient tenté, sous l'administration Bush, de la rendre
inapplicable en proposant au Congrès une loi interdisant aux
médecins la prescription de substances susceptibles de provoquer le
décès. Ce projet qui avait provoqué de vives controverses a finalement
été jugée par la Cour Suprême qui a validé la législation en vigueur
dans l'État d'Oregon le 17 janvier 2006.
Une législation similaire a été adoptée dans l'État de
Washington en novembre 2008,
Dans plusieurs États, une violente campagne de
la part de l'Église catholique et d' organisations "Pro Life",
menée avec d'importants moyens financiers a réussi de justesse à empêcher l'adoption
de cette législation .
GRANDE-BRETAGNE
Le débat sur l'assistance au suicide (interdite) a
rebondi en 2008 suite aux révélations sur les suicides assistés de citoyens
britanniques en Suisse (voir nos bulletins ).
ITALIE
L'affaire Piergiorgio Welby . Atteint de dystrophie musculaire, entièrement paralysé, dépendant
d’un respirateur artificiel depuis dix ans et nourri par sonde
gastrique, Piergiorgio Welby avait adressé en septembre dernier une requête
au président de la République. « J’aime la vie mais ce qui me
reste de vie ne l’est plus et je demande une mort digne » avait-il
fait écrire par les clignements d’yeux qui, par l’intermédiaire
d’un synthétiseur, sont le seul moyen qui lui reste de s’adresser au
monde extérieur. « Mon corps est une prison infâme à laquelle
je suis condamné par une absurde bureaucratie ». Le Vatican,
fidèle à lui-même, a aussitôt nettement fait savoir que « l’euthanasie
est un attentat contre la paix ».
Il s’était alors tourné
vers la justice mais le 16 décembre, le tribunal, tout en reconnaissant
la légitimité de la requête, s’est déclaré incompétent en raison
du vide législatif. « Seule la détermination politique, interprétant
la volonté sociale et culturelle croissante envers le problème, pourra
donner réponse à la solitude et au désespoir des malades terminaux,
tout autant qu’au malaise des opérateurs de santé ».
Le 20 décembre, un médecin
courageux a accédé à son désir et a débranché le respirateur après
avoir pratiqué une anesthésie générale. Il risque 15 ans de prison....
Les funérailles ont eu lieu le 24 décembre en présence de près de 1500
personnes. Le vicariat de Rome a refusé des obsèques religieuses au
motif que sa volonté de mourir "affirmée publiquement et de
façon répétée s'oppose à la doctrine de l'Eglise".
D'autres cas de demande de mourir se sont succédé et ont provoqué de
vifs débats et des réactions toujours aussi intransigeantes du Vatican
(voir dans nos bulletins les cas de Piergiorgio Welby et d'Eluana
Englaro).
Après
Jean-Marie Lorand en Belgique (avant la loi de dépénalisation), Diane
Pretty en Grande-Bretagne, Vincent Humbert, Chantal Sébire et Rémy Salvat en France, Ramon Sampedro en
Espagne, P. Welby en Italie et tant d’autres , combien
faudra-t-il encore de martyrs pour faire céder l’intolérance de ceux
qui défendent la "Vie" mais pas les vivants .
ET SI VINCENT HUMBERT AVAIT VÉCU
EN BELGIQUE ?
Docteur Marc Englert
Professeur honoraire de médecine à l’ULB
Membre de la commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie
L’interdit légal qui frappe l’euthanasie
demandée conduit à des drames, bâillonne les consciences et contraint au
mensonge.
Tétraplégique, muet, quasi-aveugle,
incapable de déglutir et nourri par sonde gastrique, Vincent Humbert était
totalement immobilisé sur son lit d’hôpital. Il attendait la mort comme
une délivrance et suppliait les médecins de la lui donner. Se retranchant,
les uns derrière la loi, les autres derrière leur conception de l’éthique,
ils l’ont forcé à subir cette situation de mort-vivant pendant près de
trois longues années. Le président de la République, à qui, grâce au
seul doigt mobile qui lui restait, il avait réussi à envoyer une
supplique, s’était contenté de l’exhorter à supporter ce sort
inhumain jusqu’à une " mort naturelle ". C’est donc
finalement sa mère, désespérée devant une telle souffrance, qui a eu le
courage d’enfreindre l’interdit que s’obstinent à vouloir maintenir
les " élites " médicales, religieuses et politiques
françaises : elle a introduit elle-même dans la sonde gastrique les
barbituriques salvateurs.
Après l’avoir maintenu en vie
contre son gré, les médecins ont alors encore tenté de
persévérer : pour l’empêcher de mourir, ils ont ajouté à tous
les moyens qui le maintenaient en vie une assistance respiratoire
artificielle. On peut imaginer les débats de conscience et peut-être aussi
les influences extérieures qui les ont finalement menés à arrêter le
respirateur et à permettre au geste de Marie Humbert d’aboutir. C’était
un minimum : poursuivre la respiration artificielle et sortir le
malheureux du coma pour le remettre dans son lit de torture aurait été un
comble ! Certains ont tenté d’attribuer à cet arrêt thérapeutique
le mérite d’avoir mis fin au calvaire de Vincent Humbert : ils ont
perdu de vue que cette décision a fondamentalement constitué une
reconnaissance implicite de la légitimité de l’euthanasie active
pratiquée par une mère qui n’a pas reculé devant les conséquences de
cet " assassinat ". Les paroles hypocrites des ministres
appelant les magistrats à appliquer les conséquences de cette
qualification avec " humanité " n’occultent pas la
réalité : l’interdit légal qui frappe l’euthanasie demandée
conduit à des drames, bâillonne les consciences et contraint au mensonge.
Dans notre pays, aujourd'hui, Vincent
Humbert aurait eu la possibilité de mourir sereinement, au moment choisi,
en s’endormant paisiblement, entouré par sa famille qui aurait pu le
quitter sur un dernier adieu. Une mère n’aurait pas eu à agir seule, en
cachette, en vivant un drame de conscience qu’il est aisé d’imaginer,
dans la double angoisse de la crainte de ne pas avoir réussi son geste et
de l’incertitude quant à la manière dont la mort surviendrait. Et qu’on
ne dise pas, comme on l’a déjà fait, que le cas de Vincent Humbert est
unique et qu’il ne justifie pas une législation, ni même un débat : s’il
est en effet unique par l’origine de son calvaire et la gravité de ses
infirmités, des souffrances différentes mais tout aussi insupportables
sont vécues chaque jour par des malades atteints d’un cancer
généralisé et incurable ou d’une maladie neurologique implacablement
évolutive que les meilleurs soins palliatifs n’arrivent pas à soulager.
Les déclarations d’euthanasie reçues par la commission de contrôle en
sont un témoignage émouvant.
Depuis un an, une dépénalisation
légale, issue d’un grand débat démocratique et respectueuse des
conceptions de chacun, donne chez nous à de tels malades la possibilité de
choisir la manière dont ils souhaitent voir leur vie se terminer et permet
de gérer de tels drames dignement, dans la clarté, avec les moyens
médicaux les plus adéquats et moyennant toutes les précautions
indispensables. Les appels désespérés à l’aide qui viennent de l’étranger
- et auxquels nous ne pouvons évidemment pas répondre – démontrent l’importance
de cette dépénalisation pour permettre aux médecins d’agir en
conscience et sans faux-fuyants. On peut penser que le geste de Marie
Humbert, comme l’a fait chez nous le combat de J.M. Lorand, contribuera
sans doute à ouvrir en France un débat sur la gestion de la fin de la vie
malgré les réticences de ceux qui restent obstinément sourds et aveugles
face aux affres de la maladie et de la mort.
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