Gand – Mario Verstraete (39 ans) sait exactement où, quand, et comment il va mourir. Il se bat depuis des années contre la sclérose en plaques. Il a perdu ce combat. Il a raconté à la commission “Euthanasie” du Sénat son émouvante histoire. Depuis sa maladie, il est devenu un partisan affirmé de l’euthanasie au sein de l’association “Recht op Waardig Sterven”. Il veut être le premier à faire usage du droit que lui donne la loi de dépénalisation de l’euthanasie.

Il n’est pas un malade terminal, il n’est pas fatigué de la vie, mais la douleur ôte toute qualité à sa vie pourtant encore jeune. “Je m’en vais, mais avec style” a-t-il déclaré lors d’un entretien avec la rédaction. La date est fixée. Son fils Ruben, ses parents, son frère et sa sœur, et quelques très bons amis et amies, connaissent le jour et l’heure à laquelle il a décidé de mourir.

C’est en 1993 que Mario Verstraete a appris qu’il avait une sclérose en plaques. “Il y a huit ans déjà, j’ai pris la décision de principe de recourir à l’euthanasie si je me trouvais dans une situation totalement sans issue. Et j’ai pris la décision concrète le 15 mai, le jour où je n’ai plus été capable d’aller travailler”, déclare-t-il. (…)

Ce ne fut pas une surprise pour son fils Ruben, âgé de treize ans. Il savait le combat que menait son père contre la maladie et il le voyait perdre systématiquement du terrain. “Ce fut plus difficile pour mes parents, raconte Mario Verstraete ; ce n’est pas évident de voir mourir un enfant à 39 ans. Mais ils se sont finalement rendu compte, eux aussi, que cela ne pouvait pas continuer ainsi”.

Mario n’est pas un malade au stade terminal, mais la douleur n’est plus supportable, malgré les analgésiques et la morphine. Il est presque aveugle et il est cloué à sa chaise roulante depuis plus d’un an. La combinaison de ces deux problèmes lui a fait perdre toute qualité de vie. “Si les soins palliatifs ne m’aident plus, je considère que j’ai le droit de pouvoir mourir”, dit-il. Il suivra à la lettre les directives de la loi sur l’euthanasie. Il la considère un peu comme “sa loi”, parce qu’il a œuvré depuis longtemps pour qu’elle existe. Il en a parlé avec des médecins et un psychiatre. La loi prescrit un mois de réflexion et il respectera ce délai. “J’ai soigneusement pesé le pour et le contre. Ce n’est pas une idée impulsive liée à un moment dépressif”, dit-il.

Il veut aussi partir avec style, pas à l’hôpital, mais à la maison, entouré de sa famille et de bons amis. “Je suis athée et encore plus convaincu qu’avant qu’il n’existe pas d’être suprême ou d’au-delà. Il faut tourner la page, quoique j’espère vivre encore un temps dans les mémoires comme quelqu’un qui a fait de son mieux. Et comme quelqu’un qui a contribué à la législation belge sur l’euthanasie”, déclare-t-il. (…).

Martin Tytgat, De Standaard, 19 juin 2002
(Reproduit avec l’aimable autorisation de la rédaction du quotidien)