Comme il le souhaitait et l’avait décidé, mon mari M.M. a bénéficié de la loi sur l’euthanasie.
Après 4 pontages, et la pose d’un pacemaker, les médecins découvrent un anévrisme aortique. M. est opéré dans une clinique bien connue du centre de Bruxelles… l’opération tourne mal, les infirmières évoquent un transfert vers les soins palliatifs.
Les soins palliatifs, mon mari n’en voulait pas.
Il est quasi moribond, les staphylocoques dorés l’envahissent. Brusquement, je l’entends dire « je crève de faim » ! Ce sursaut me donne la force de demander à ce qu’il soit transféré dans un hôpital plus proche de notre domicile.
Six mois de revalidation, la moelle épinière ayant été touchée, mon mari ne tenait plus sur ses jambes et vivait dans une chaise roulante. A nouveau les staphylocoques dorés sont là qui retardent l’espoir d’aller dans un vrai centre de convalescence. La position debout est impossible, une escarre post-opératoire ne s’est toujours pas refermée (et ne se refermera jamais). Enfin, le voici dans une maison de repos dépendant du CPAS de Bruxelles.
« Je ne sais combien de temps je tiendrai le coup ! « Mon mari souffre tant physiquement que moralement. Il essaye de ne pas dépendre des infirmières pour aller aux toilettes, le temps de sortir du lit à la force des bras pour aller dans le fauteuil et arriver dans la salle de bains… il est parfois trop tard.
Depuis le début, le compagnon avec qui j’ai partagé 40 années, pense qu’il faudrait « arrêter, que cela se termine ».
« Pense à moi » lui dis-je, même si je partage son souhait et le respecte.
Commence un dialogue long et très humain avec l’un des médecins de l’institut où est mon mari. Ce dernier n’a jamais pratiqué d’euthanasie et le décès de son patient n’est pas prévu à court terme. Il va donc contacter un confrère, puis un psychiatre, comme troisième médecin. Tout cela prend du temps !
Je me rends à l’assemblée générale de l’ADMD dont mon mari et moi-même sommes membres. Au retour, je me précipite voir mon mari et croise le médecin, je l’interpelle « Docteur, je reviens de l’assemblée de l’ADMD, j’ai pensé à vous » et lui de répondre « Moi, madame, je pense à vous jour et nuit ». Enfin, une date est fixée, mon mari est serein, il peut dire au revoir à ses amis proches qu’il accueillera à la cafétéria de l’établissement. Trois jours de suite, aux heures autorisées, ceux-ci viendront. Une infirmière, en passant, s’exclame « C’est bien gai ici, on fête un anniversaire ? »
Le jour est arrivé, les filles et moi nous le retrouvons dans sa chambre pour échanger nos derniers mots ensemble et allons attendre à l’extérieur. Quelques minutes après, le docteur nous dit de revenir. M. est allongé, le visage paisible. C’est fini, nous sommes le 30 mai 2010.
Denise Engels, 18 février 2011