Le mercredi 11 juin 2008, à 15H45, Nicole, mon épouse, a été euthanasiée selon sa volonté. Dans sa chambre à coucher. Comme elle l’avait souhaité, en nommant « caprice » le désir de revenir chez elle.

Autour d’elle, nos quatre enfants et moi, son mari. Unis dans un même amour et nous tenant par la taille, silencieux, impressionnés, tendus, inquiets, les yeux ne quittant pas Nicole.

Au chevet, les médecins. Expérimenté, l’oncologue a rassuré notre médecin traitant, dont c’était la première euthanasie, en branchant lui-même l’injection létale sur la perfusion existante.

En quelques instants, avec une douceur parfaite, sans une grimace, sans un râle, sans une crispation, Nicole s’est éteinte définitivement, comme endormie.

Et la tension s’est aussitôt dissipée, l’inquiétude a disparu…Seul demeurait le silence, et nous sommes sortis de la chambre, tous les cinq. Rassurés.

Atteinte à 74 ans d’un second cancer foudroyant, au médiastin, Nicole connaissait depuis six semaines le verdict irrévocable : elle était incurable et le crabe était d’une voracité sans limite, doublé d’un début d’embolie pulmonaire. Comme nous avons toujours vécu hors du mensonge, tous les proches étaient au courant du mal et de l’issue fatale.

Nos petits-enfants avaient choisi deux attitudes différentes, également explicables : ceux qui vivaient en province, moins souvent en contact avec leur grand-mère, avaient demandé à ne plus lui rendre visite en son extrême fin de vie, vu qu’elle ne serait plus semblable à la merveilleuse image qui habitait chacun d’eux ; ceux qui vivaient plus près de nous, à Bruxelles, sont encore venus l’embrasser à hôpital, trois jours avant sa mort.

Mais nos enfants et moi avons pensé que la dernière scène, celle de l’euthanasie, ne leur appartenait pas.

Vis-à-vis des médecins, Nicole a affiché la même détermination, celle qu’elle avait adoptée depuis des mois. Elle a dit, après avoir signé sa demande d’euthanasie, et malgré sa fatigue extrême, que certains paraissaient ne pas croire à sa volonté, ce qui l’a obligée à la répéter avec conviction.

Et ce mercredi, à 15h30, lorsque l’oncologue est venu à son chevet, et qu’il s’est présenté, elle a souri.

Aujourd’hui, six semaines après cette mort choisie, nous sommes fiers, tous les cinq, d’avoir pu respecter les volontés de Nicole, et infiniment reconnaissants aux deux médecins.

Chacun de nous est convaincu que cette fin de vie décidée a interrompu ses douleurs morales, lui a évité la souffrance physique et la perte progressive de son image sereine.

Raymond et ses enfants, Anne, Catherine, Gilles et Pierre, septembre 2008