Madame, Monsieur,

Lui et moi avions rédigé une déclaration anticipée d’euthanasie, ne nous doutant pas qu’elle allait être utilisée quelques années plus tard.

En septembre 2004, on lui a découvert un cancer du pancréas, nous savions tous les deux ce que cela signifiait. Nous avons été remarquablement suivis. Nous avions fait part à l’oncologue de notre désir de connaître l’évolution exacte de la maladie, sans langue de bois, ce qu’elle a fait.

En juillet 2005, le cancer ne répondant plus au traitement, il fut arrêté. Les métastases se disséminaient dans tout le corps et atteignaient le cerveau le handicapant pour marcher, écrire, peindre et puis manger et même parler. Il a décidé, après que nous en ayons parlé, de demander l’euthanasie. Il a demandé à l’oncologue si elle acceptait, ce qu’elle a fait, se chargeant des formalités. Nous n’en avons pas parlé à notre médecin traitant, connaissant son opposition.

La date fut fixée au 2 août à 19 heures. Cette dernière journée fut paisible, nous avons profité ensemble de chaque minute de cette journée ensoleillée, passée en grande partie dans notre jardin.

L’heure arrivée, il s’est installé dans mes bras, sur le lit, sa tête contre mon cœur, sa main dans la main de son ami d’enfance installé de l’autre côté du lit.

Pendant que l’oncologue, assisté de l’infirmière en chef de l’hôpital de jour, lui injectait les produits, nous nous sommes dit des mots d’amour. Il s’est endormi, le sourire aux lèvres, paisiblement.

Il est mort comme il a vécu avec moi : beau, grand, lucide, debout.

Et si encore aujourd’hui je crève de chagrin de son absence, je souhaite à tous cette mort digne et paisible. Et je me la souhaite à moi.

Sur l’avis de décès, cette phrase qu’il avait choisie : « Mourir n’est rien, le pire c’est de ne plus vivre. J’ai choisi de partir dans le vent vers le néant ».

En ce 30e anniversaire de l’ADMD, je voulais vous remercier tous de vous être battus pour qu’il ait le choix de mourir comme il l’avait choisi : dignement.

A.–M. R., juin 2012