Très rapidement, après avoir appris quelle était la nature du mal qui avait monopolisé mon corps (une maladie neurologique dégénérative fatale et incurable), j’ai, grâce à l’ADMD, rempli les documents nécessaires à ce choix de fin de vie.
Soyons clairs : je suis donc en train de mourir. Mais, vous aussi ! La seule chose qui nous différencie, c’est une certaine forme de conscience : je sais comment (par étouffement, lorsque les muscles respiratoires seront atteints) et plus ou moins quand je vais mourir.
Alors, pour ce bout de chemin dont je connais déjà plusieurs éléments du décor, j’ai pris une assurance assistance, celle pour une mort digne et humaine, mais aussi, et peut-être surtout, celle d’un départ formulé dans le respect et l’amour des autres.
Ainsi, pour moi, l’euthanasie est un acte de vie, un véritable acte d’amour. D’abord, parce que je ne considère pas la mort comme la fin de la vie, mais plutôt comme le passage d’un état à un autre état (exactement comme la naissance).
Un acte d’amour ? Effectivement, ma plus grande crainte est, si je laisse aller mon corps jusqu’à son terme final naturel, qu’à ce moment, des êtres qui me sont chers refuseraient de venir me voir dans un tel état de délabrement physique, préférant conserver de moi une image plus digne antérieure. Il y aurait donc l’un ou l’autre à qui je ne pourrais pas dire au revoir. Cette idée m’est insupportable. Je ne suis pas un héros qui, à la fin du film, lorsque les violons s’emballent, agonise avec gloire et honneur devant son public.
D’autre part, dans un monde où la seule vraie révolution est celle d’oser l’humilité, face à cette bête qui me ronge, mon corps et moi-même menons un combat de tous les jours. Il arrivera un moment où, en toute humilité, je dois pouvoir accepter que la bataille soit perdue.
Et donc, aujourd’hui, face à ma réalité, j’ai d’autres priorités : bien me préparer et surtout préparer les autres afin qu’ils conservent un bon souvenir de ce voyage et que l’on puisse tous en ressortir grandis. Mon souhait le plus cher est que tout ce que l’on aura vécu ensemble, les aide dans le regard qu’ils porteront sur le monde.
C’est ainsi que, devenu un voyageur immobile, bloqué derrière le clavier de mon ordinateur, j’ai souhaité demeurer relié avec le monde en créant un site où le visiteur a accès à mes multiples carnets de route (nombreuses galeries d’images, associées à l’écriture), à des pensées positives et à mes petites stratégies mises en place pour pouvoir conserver, mais surtout développer avec les autres ce réel plaisir d’exister, demeurant un amoureux inconditionnel de la vie. Les portes de ma « prison » vous sont ainsi grandes et ouvertes.
Francis Vansteenwinckel, juin 2007