Une amitié de trente ans.

Paul, son épouse J., ses deux filles, leurs époux et enfants : un petit monde perd son guide.

Nos déjeuners « l’un chez l’autre » étaient l’occasion d’échanges de haute tenue (puisque je vous le dis !) : Paul et moi étions (je le suis encore) des dévoreurs de livres.

Il y a deux-trois ans, je parlais de l’ADMD…

Rencontre d’idées, Paul adhère, complète la déclaration anticipée concernant les soins, et puis voilà, nous passons à autre chose.

Le 31.12.2007, Paul ressent une vive douleur à l’estomac. Urgences à Saint-Luc, hôpital proche de son domicile.

Le 03.01.2008, le médecin laisse entendre à Paul « qu’une masse de 7, 8 ans s’est formée à la fin du colon, débordant sur le pancréas. Il s’agit d’une masse suintante… ».

L’épouse de Paul et moi comprenons de quoi il s’agit.

Paul : « oui, donc vous n’avez rien de précis ? »

Le médecin : « nous allons procéder à une biopsie ».

Le 08.01.2008, Paul a compris. Il est sorti de son déni, réaction courante à ce genre de nouvelles, et demande à rentrer chez lui. Son médecin traitant le suivra.

Lors d’une visite de contrôle à Saint-Luc, le 14.01, les médecins répondent à Paul quant à la durée de survie. Estimation : trois mois.

Suivent des semaines, je dirais des semaines plus longues que la durée mathématique.

Tout était devenu « off », flottant dans une brume morale « murmures et chuchotements », vous voyez ?

Son épouse, ses enfants, petits-enfants viennent régulièrement, peu de temps : Paul se fatigue de plus en plus vite.

Paul a expliqué à son médecin qu’il refuse tout acharnement thérapeutique, remet un exemplaire à celui-ci, envoie un exemplaire à Saint-Luc qui chapeaute le tout.

Paul me demande de remplir la déclaration anticipée concernant l’euthanasie. « Tu comprends Léon, mon médecin m’a confirmé que je pourrais tomber dans le coma… vers la fin. Je ne veux pas imposer cela à mon entourage ».

Je reste en contact étroit avec le médecin de Paul qui me confirme que « ses convictions ne sont pas les mêmes que celles de son patient, mais qu’en l’occurrence, il répondra à la demande de celui-ci ». Cette attitude est à souligner : ce médecin, catholique pratiquant, se met au service de son patient avant tout.

Le 31 mars à 14h35, le médecin pratique l’euthanasie (à l’aide de la brochure « Euthanasie » reçue de EOL/ADMD).

Avant ce départ, son épouse en dernier lieu, ses deux filles et moi restons quelques instants seul à seul avec Paul.

Lors de cette ultime rencontre, Paul me remercie : « c’est le fait d’un ami Léon, tu es mon ami ».

L.N., juin 2008