Je me questionne sur ces pratiques qui abrègent les souffrances des mourants grâce à un dosage à petite dose (mortelle) de morphine pour ne pas que « ça » dure trop longtemps, et « le patient part (où ?) tout en douceur »

L’euthanasie pour l’avoir vécu personnellement avec une grand-maman qui m’était vraiment très chère est un acte de dignité et de respect. Quel paisible moment pour elle, de pouvoir enfin accéder à cette délivrance qu’est la mort, entourée de ses enfants et petits-enfants, soulagée qu’on ait pu enfin l’entendre et la respecter dans sa demande. C’est dans la force de son ultime regard de reconnaissance, que nous avons puisé pour débuter notre long travail de deuil. Et lorsque je pense à elle, c’est aussi au verre de champagne posé sur la table de l’hôpital (parce qu’il faut fêter ça !), à cette dernière complicité et son humour de mourante, à son « merci ma Suzon ».

L’euthanasie n’est pas un acte et un choix facile à poser tant pour le médecin, pour la famille que pour le patient lui-même. La mort fait peur, quitter la vie est tellement inconcevable dans notre société que l’on préfère ne pas s’imaginer mourir et ne pas savoir…

Je comprends cette envie de vivre jusqu’au bout, arracher quelques jours, quelques heures à la mort…. mais à quel prix ? Un râle progressif, une inconscience questionnante, une solitude à l’approche de la mort, une attente morbide ?

Est-ce par bonne conscience vis-à-vis de la culture ambiante judéo-chrétienne qui veut qu’on ne tue pas son prochain, ou que cette souffrance « tout en douceur » (je traduis tout en sédation comateuse) fait partie de ce que l’on doit supporter, que l’on prive nos mourants du dernier moment de leur vie, vécu en toute conscience et partagé avec leurs proches ? Est-ce que la mort est un sujet si grave, si tabou que l’on n’arrive pas à la concevoir comme l’ultime étape d’une vie bien remplie ?

Je ne sais comment moi je réagirai lorsque mon heure sera venue, mais si je réclame l’euthanasie, pourvu qu’on me fasse ce dernier plaisir de répondre positivement à ma demande.

Suzon Vanwuystwinkel, septembre 2012