Nous avons reçu ce témoignage qui démontre qu’il y a évidemment – et heureusement – des équipes de soins palliatifs respectueuses des volontés des patients quant aux modalités de leur fin de vie. Par ailleurs, il illustre aussi le fait que dans un certain nombre de cas – surtout lorsque la souffrance est essentiellement liée à la douleur physique – la morphine peut assurer une mort paisible.

Rappelons que l’ADMD dont la première préoccupation a été de lutter contre l’« acharnement thérapeutique », a toujours soutenu l’action des soins palliatifs pour autant qu’ils n’imposent pas aux patients de mourir selon les conceptions idéologiques des soignants plutôt que selon les souhaits des mourants.

Maman est morte il y a un an ; elle avait demandé à être euthanasiée et son souhait de fin de vie a été respecté parce que mon papa et ses enfants ont scrupuleusement veillé à le faire aboutir. Cela ne s’est pas toujours passé sans mal, notamment au moment de la visite que nous a faite une infirmière travaillant dans un service de soins palliatifs de la région bruxelloise. Bien que mise au courant des volontés de Maman, cette dame nous avait, en quelques mots, donné l’impression que nous étions des assassins. Ce premier et seul contact avec « les soins palliatifs » nous avait vaccinés, du moins je le pensais.

Un an après, mon conjoint, victime d’un cancer incurable, a choisi comme Maman de vivre sa fin de vie à domicile. Membre de l’ADMD, il avait également rempli les documents nécessaires à l’euthanasie au cas où la douleur lui deviendrait insupportable. Et au cas où il sombrerait dans l’inconscience du fait de l’accroissement des doses de morphine nécessaires pour ne pas (trop !) souffrir. Mais lui n’était pas pressé d’en finir.

Dès son retour de l’hôpital, ma méfiance fut grande quand le médecin traitant nous a conseillé de prendre contact avec l’ASBL provinciale namuroise des soins palliatifs à domicile.

L’objectif de N, l’infirmière de cette association qui nous a accompagnés tout au long de ces trois semaines de fin de vie a été d’écouter mon compagnon parler de sa douleur, de la manière dont il envisageait sa mort et, sur base de ces deux données, de réduire au maximum sa douleur. Quand mon compagnon, lors d’une des réunions hebdomadaires organisées par N. avec le médecin et les infirmières, a évoqué la possibilité d’une euthanasie, N. s’est tournée vers le médecin traitant en lui disant que c’était à lui de prendre clairement position sur la question pour permettre le cas échéant au malade de se tourner vers un autre médecin qui respecterait sa volonté.

A chacune de ses visites, N. prenait le temps de parler avec le malade, de l’informer clairement de l’état de sa situation et de voir avec lui ce qu’il souhaitait sans jamais le juger. Elle nous a permis une fin de vie sereine et dans la clarté ; elle a réussi non seulement à atténuer partiellement sa douleur, mais également à faire en sorte que des mots soient mis sur chaque étape, les rendant moins insupportables.

Mon compagnon est mort paisiblement, endormi par des doses de morphine qui ont rendu indolore son passage vers le néant.

Conçue de la sorte, l’action palliative est impeccable et indiscutable : elle remplit le rôle très précis pour lequel elle a été appelée.

Anne Dombrecht, septembre 2009