Depuis ma plus tendre enfance, j’entendais toujours dire à la maison qu’il ne fallait surtout pas, en cas de maladie grave et/ou incurable, procéder à un acharnement thérapeutique. C’en était devenu un leitmotiv, et les discussions avec la famille, les amis et les invités n’en finissaient pas : les uns pour, les autres hésitants, les autres contre ; bref, j’avais droit à de merveilleux échanges philosophiques qui me permirent de me forger ma propre idée.

Maman décide, après 3 semaines d’hospitalisation, de demander à son médecin traitant une euthanasie active et rapide. Elle ne souffre pas physiquement, mais moralement, après s’être rendu compte que l’accident vasculaire cérébral qu’elle venait de subir la laisserait grabataire. « Avec tout ce que cela comporte comme humiliation », disait-elle, dépendante et se sentant indigne de continuer à vivre ainsi. Elle m’avait demandé de lui promettre, si un jour elle arrivait à un moment de sa vie où aucun espoir ne lui permettait une vie décente, ou qu’une maladie irréversible finisse pas la rendre inconsciente, de lui dire quel était son état afin qu’elle puisse décider elle-même de sa fin de vie, et si elle n’en était plus capable, de prendre moi-même la décision.

Sa liberté, son autonomie, étaient ce qu’elle avait de plus important.

Lorsque sa décision fut prise, je savais qu’elle n’y dérogerait pas. Nous avons eu des échanges forts, remplis d’amour, de tendresse, de confiance. Ce qui lui importait le plus était que sa famille, ses amis, comprennent sa décision, son au revoir. Les nombreux entretiens avec les médecins ne firent que renforcer sa décision et c’est avec impatience qu’elle attendait le jour J pour partir vers ce qu’elle appelait « un voyage réputé difficile ». « Pour moi », disait-elle, « la liberté est le plus beau mot de la langue française. Ni dieu ni maître ! »

Le 13 août, le soleil brillait dans sa chambre, un rayon éclairait son visage rajeuni de 10 ans, elle souriait, elle rayonnait lorsque je suis entrée dans sa chambre. Peu de temps après le médecin entra.

Maman est partie heureuse, nous étions la main dans la main, je suis restée auprès d’elle jusqu’à ce qu’elle cesse de respirer. Je fis avec l’infirmière sa dernière toilette et lui dis au revoir.

Je serai toujours très reconnaissante au corps médical, et plus particulièrement au médecin qui accéda à sa demande : il fit un geste d’une grande humanité.

Louise Minnart, décembre 2007