Démence évolutive : combler la lacune de la loi belge sur l’euthanasie

Démence évolutive : combler la lacune de la loi belge sur l’euthanasie

Après l’appel de Lode pour une fin de vie digne et la pétition citoyenne portée par ses proches, le débat sur l’élargissement de l’euthanasie aux personnes atteintes de démence évolutive s’installe durablement dans l’actualité francophone. Les 4, 5 et 6 mai derniers, la RTBF y a successivement consacré une séquence du Monde en direct, un sujet de son JT de 19h30, puis le Débat du jour de Matin Première, avec les journalistes Alain Gerlache et Ivan De Vadder. Autant d’occasions de revenir sur ce qui constitue, aujourd’hui, une véritable lacune de la loi belge.

Quelques chiffres

  • 210.000 Belges sont aujourd’hui atteints d’une forme de démence (source : Stopalzheimer.be) — un chiffre qui devrait progresser de 20 % dans les dix prochaines années.

  • Près de 4.500 personnes ont obtenu l’euthanasie en Belgique en 2025, soit 4 % des décès enregistrés.

  • 39.706 signatures ont été remises à la ministre de la Justice le 21 avril 2026 ; la pétition reste ouverte jusqu’au 31 mai.

 

Une déclaration anticipée trop étroite

La présidente de l’ADMD, Jacqueline Herremans, le résume sans détour :

« La déclaration d’euthanasie anticipée est insatisfaisante parce qu’elle ne s’adresse qu’à des personnes qui se trouvent dans une situation d’état végétatif par exemple. Elle n’est pas une réponse par rapport à l’angoisse de patients atteints de démence précoce qui voudraient être rassurés, en se disant “je veux encore vivre quelques années mais je crains de passer de l’autre côté du miroir et qu’on n’entende pas ma demande”. C’est la raison pour laquelle il est très important que nos gouvernants entendent ce cri, cet appel des amis de Lode. »

Pour rappel, en Belgique, il y a deux façons de pratiquer l’euthanasie :

  • Demande actuelle : faire la demande à son médecin en étant lucide, complètement conscient. En 2025, 70 patients atteints de troubles cognitifs (Alzheimer, démence de corps de Lewy, etc.) ont obtenu l’euthanasie sur la base d’une demande actuelle.

  • Demande anticipée : euthanasie pratiquée sur une personne incapable de s’exprimer car elle est inconsciente et sa situation est jugée irréversible. Le document doit être rédigé à l’avance. Il ne s’applique que si la personne n’est plus capable de formuler sa volonté. Il ne sera pas possible de pratiquer une euthanasie sur la base d’une demande anticipée pour personne atteinte de démence évolutive, précoce ou non, qui ne sera pas estimée dans une situation de « coma irréversible », par exemple en état végétatf.

©Printscreen RTBF.be

« Pouvoir décrire la situation au-delà de laquelle on ne veut plus survivre »

Pour Jacqueline Herremans, l’enjeu n’est pas de remettre en cause le dispositif existant, mais de le compléter :

« Il ne faut pas jeter la demande anticipée mais il faudrait pouvoir décrire la situation au-delà de laquelle on ne veut plus survivre. Ce sera, par exemple, ne plus reconnaître ses proches, ne plus pouvoir peindre, jouer de la musique, ne plus être un homme ou une femme qui communique au sein de la société. »

L’évaluation reviendrait alors au médecin référent, en lien avec les proches et les professionnels de la santé qui suivent le patient.

 

Un débat qui avance – et qu’il faut accompagner

L’élargissement figure dans l’accord du gouvernement Arizona. Le Comité consultatif de bioéthique l’a recommandé fin 2025. La ministre de la Justice Annelies Verlinden a reçu les initiateurs de la pétition en avril et dit étudier la question. Reste à transformer ces signaux politiques en texte de loi, un chemin qui peut encore prendre des mois.

L’ADMD continue de porter ce combat aux côtés des amis de Lode et des dizaines de milliers de signataires : pour qu’aucun patient n’ait plus à choisir entre « trop tôt » et « trop tard ».

À lire également : L’appel de Lode pour une fin de vie digne

L’appel de Lode pour une fin de vie digne

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Une pétition citoyenne appelle à faire évoluer la législation belge afin de permettre une fin de vie digne, y compris pour les personnes atteintes de démence précoce. Le 21 avril 2026, ses initiateurs ont remis 39 706 signatures à la ministre de la Justice Annelies Verlinden.

Cette mobilisation fait suite à la lettre ouverte de Lode Deconinck, 54 ans, atteint de démence précoce, qui a choisi de recourir à l’euthanasie en février dernier. Son témoignage met en lumière une réalité encore trop peu connue : en Belgique, les personnes atteintes de démence évolutive sont souvent contraintes de choisir entre partir trop tôt… ou attendre, au risque de perdre toute capacité de décision.

Lode Deconinck avait participé à l’émission de la VRT Restaurant Misverstand, afin de rappeler qu’un diagnostic de maladie d’Alzheimer n’efface ni la dignité, ni la valeur d’une personne, ni la possibilité de vivre encore de beaux moments. Mais il connaissait aussi la réalité juridique actuelle. Dans sa lettre, il écrit : « J’aurais aimé vivre encore un peu plus longtemps. Mais à un moment donné, je n’aurais sans doute plus pu décider moi-même de ma fin de vie. Il fallait choisir. Partir un peu trop tôt, ou courir le risque de dépérir lentement pendant des années. »

Ces mots traduisent le paradoxe cruel auquel sont confrontées de nombreuses personnes atteintes de démence évolutive, que ce soit la maladie d’Alzheimer, la démence de corps de Lewy ou encore des démences à la suite d’un AVC, d’un Parkinson ou d’une tumeur au cerveau. Aujourd’hui, la loi belge impose qu’une demande d’euthanasie soit formulée par une personne encore capable de discernement. Or, dans ces cas démences évolutives, les facultés cognitives diminuent progressivement. À un certain stade, la personne ne peut plus introduire une demande actuelle valable.

Lode résumait cette impasse avec lucidité : « Avec la démence précoce, choisir c’est perdre à chaque fois ».

C’était d’autant plus troublant dans le cas de Lode, touché par cette maladie d’Alzheimer à l’aube de ses cinquante ans.

Choisir plus tôt que souhaité

Beaucoup de personnes concernées souhaitent continuer à vivre tant que des moments de qualité de vie demeurent possibles. Mais la peur de ne plus être entendu dans leurs demandes les pousse parfois à demander l’euthanasie plus tôt qu’elles ne l’auraient voulu.

C’est précisément ce que dénonce la pétition : un système qui, au lieu de protéger la liberté individuelle, pousse certains citoyens à écourter leur vie prématurément.

La pétition réclame une modification de la législation afin que les personnes atteintes de démence évolutive puissent :

  • disposer de davantage de temps ;
  • organiser leur fin de vie sereinement ;
  • faire respecter leur volonté anticipée ;
  • éviter d’avoir à choisir entre « trop tôt » ou « trop tard » ;
  • mourir dans la dignité, selon leurs convictions.

Une pétition remise à la ministre de la Justice

Le 21 avril 2026, Katelijn Van de Vijver et Thomas Soete, amis d’enfance de Lode, ainsi que Greet Lodewyckx, sa sœur, ont remis au cabinet de la ministre Annelies Verlinden les 39 706 signatures recueillies à cette date, accompagnées de 21 092 messages personnels laissés par les signataires. À l’issue d’un entretien qualifié de « constructif », ils ont résumé leur demande en une phrase : « La balle est désormais dans le camp du politique. Assez de temps a été perdu. »

L’élargissement de la déclaration anticipée figure dans l’accord du gouvernement Arizona. Le Comité consultatif de bioéthique, dans un avis rendu en novembre 2025, recommandait déjà de modifier la loi en ce sens, au nom de l’équité : la maladie prive aujourd’hui ces patients d’une possibilité que les autres conservent. Reste à ce qu’un projet de texte franchisse les étapes du gouvernement, puis du parlement — le chemin peut encore prendre des mois.

Pour Lode, trop tard. Pour d’autres, pas encore

La pétition a recueilli plus de 40 000 signatures, principalement en Flandre, où Lode Deconinck était davantage connu. Pour que cette demande citoyenne soit pleinement entendue au niveau fédéral, une mobilisation du côté francophone reste essentielle. La pétition est ouverte jusqu’au 31 mai prochain.

Dans sa lettre, Lode écrivait : « Pour moi, c’est trop tard. Mais cela ne signifie pas que cela n’en vaut plus la peine. »

L’ADMD Belgique relaie cet appel au débat, à la dignité et à la liberté de choix.

Les chiffres 2025 de l’euthanasie en Belgique

4 486 euthanasies enregistrées en 2025, soit une augmentation de 12,4 % par rapport à 2024.

La Commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie (CFCEE) a récemment publié ses chiffres annuels pour 2025. Ces données offrent un aperçu précis de la réalité de l’euthanasie en Belgique, confirmant que la loi belge fonctionne grâce à un encadrement rigoureux et un contrôle strict. Aucun dossier n’a été transmis au procureur du Roi, soulignant la conformité totale des pratiques.

 

Les chiffres clés de 2025 :

  • 4 486 euthanasies déclarées en 2025
  • +12,4 % d’augmentation par rapport à 2024
  • 0 dossier transmis au procureur du Roi
  • 100 % des dossiers conformes à la loi

 

Une progression qui confirme une réalité sociale

Avec 4 486 euthanasies enregistrées en 2025, la Belgique confirme la progression régulière et structurelle du recours à l’euthanasie. Loin d’être une mode, cette évolution traduit une réalité profonde : de plus en plus de personnes choisissent de mourir dans la dignité, entourées, et selon leurs propres termes.

L’euthanasie représente désormais 4 % des décès enregistrés en Belgique en 2025, contre 3,6 % en 2024 (source : StatBel, 26.02.2026).

Un écart Nord-Sud qui persiste : 75,3 % des déclarations sont rédigées en néerlandais, 24,7 % en français. Même si la progression est proportionnellement plus forte du côté francophone (+16,6 % contre +11,1 %), l’écart reste important.

 

Qui a recours à l’euthanasie ? Un portrait nuancé

La majorité des patients ont plus de 70 ans (73,7 %), et 45 % ont plus de 80 ans. L’euthanasie reste exceptionnelle avant 40 ans (1,4 % des cas). La répartition hommes/femmes est quasi équilibrée : 52,2 % de femmes, 47,8 % d’hommes.

À noter : souffrance psychique ne signifie pas maladie psychiatrique. Un patient atteint d’un cancer physiquement contrôlé peut souffrir profondément de la perte de son autonomie ou de sa dignité. La loi le reconnaît — et c’est juste.

Les affections les plus fréquentes :

  • Cancers : 49,9 % — en légère diminution proportionnelle, mais le nombre absolu augmente.
  • Polypathologies : 29,6 % — la progression la plus marquée de 2025 (+2,8 points).
  • Maladies neurologiques (SLA, etc.) : 8,2 %, stables.
  • Affections psychiatriques : 1,6 % — rares, et toujours dans le cadre légal strict.

 

Mourir chez soi : un droit qui se concrétise

67,1 % des euthanasies ont lieu dans le lieu de vie du patient — domicile ou maison de repos. 48,5 % se déroulent à domicile. Ce sont les médecins généralistes qui jouent le rôle central : 72,8 % des médecins déclarants, premiers interlocuteurs et principaux praticiens de l’acte.

 

L’Avenir de la commission

Dans son 11e rapport, la CFCEE avait lancé un cri d’alerte compte tenu de l’accroissement de ses tâches. La CFCEE n’a pas jugé opportun de reprendre ces éléments à l’occasion de la communication des chiffres 2025. Cela étant, les chiffres parlent d’eux-mêmes : la charge administrative est colossale : près de 400 dossiers par mois.

Il reste donc à finaliser le projet de formulaire électronique et à prendre les mesures nécessaires pour soutenir le travail du secrétariat…et des membres de la Commission.

 

La position de l’ADMD

Ces chiffres sont une fierté pour notre pays et un signal fort pour l’Europe. Ils démontrent que la loi belge sur l’euthanasie est une réussite. Mais ils nous rappellent notre vigilance : sans moyens suffisants pour contrôler et encadrer cette pratique, c’est l’intégrité même du dispositif qui est menacée.

L’ADMD demande que les ressources allouées à la Commission soient à la hauteur des défis rencontrés par elle.

 

La Belgique, refuge pour ceux que leur pays abandonne

123 patients résidant à l’étranger ont eu recours à l’euthanasie en Belgique en 2025, dont 110 venus de France. Ce chiffre est éloquent : nos voisins français, privés de ce droit dans leur propre pays, traversent la frontière pour mourir dignement. C’est une responsabilité que nous assumons pleinement.

 

Pour aller plus loin

Maladies neurodégénératives : faut-il élargir les critères d’accès à l’euthanasie ?

Le monde en direct – La Première

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L’émission Le Monde en direct sur La Première (RTBF) a récemment consacré un débat, dans sa séquence « Allo le Monde », à l’élargissement possible de la loi sur l’euthanasie.

Rappelons que le comité consultatif de bioéthique a rendu son avis pour permettre cette évolution via la déclaration anticipée d’euthanasie. Aujourd’hui, celle-ci ne peut être mise en œuvre que dans les situations d’inconscience irréversible.

Jacqueline Herremans, présidente de l’ADMD, y défend une position claire : « La parole du patient compte avant tout. Les proches peuvent aider à évaluer la situation, mais ça ne peut jamais être l’élément moteur. » Elle précise également que « cette déclaration anticipée sera rédigée et accompagnée d’entretiens avec le personnel médical. Ce n’est pas un document figé. »

Pour (ré)écouter l’intégralité de cette séquence et consulter l’article associé : Le Monde en direct.