Cet ultime au revoir

Albert S. s’est éteint ce mardi 21 décembre un peu avant midi à l’hôpital. Sa demande d’euthanasie, formulée il y a quelque temps déjà, a été prise en compte et, au terme d’une procédure requérant l’avis d’un second neurologue et l’avis d’un psychiatre, elle a été acceptée.

L’état de santé d’Albert s’était fort dégradé depuis quelques mois, mais, ces dernières semaines, la détérioration de ses facultés s’était accélérée. Il souffrait de ne plus pouvoir s’exprimer de façon cohérente et d’être presque totalement dépendant pour tous les actes normaux de la vie quotidienne.

Il connaissait aussi régulièrement des crises d’angoisse intense.

C’était douloureux pour lui et ce l’était aussi pour moi, car j’assistais, impuissante, à sa déstructuration.

Notre fils Dimitri et moi l’avons donc accompagné à l’hôpital mardi matin pour ce dernier acte.

Albert était calme et très serein.

Les infirmières ont installé la perfusion et, quelque temps après, le Dr D. accompagné du Dr C. (la neurologue qui le suivait depuis 4 ans) sont entrés dans la chambre pour s’assurer, une dernière fois, du OUI d’Albert. Il l’a prononcé très clairement. Le produit pour endormir le patient a été mis dans la perfusion et a eu un effet presque immédiat puis le produit létal a été introduit. Les fonctions vitales ont diminué progressivement et, quelques minutes après, les battements du cœur se sont arrêtés.

Mon fils et moi avons accompagné Albert jusqu’au bout en lui tenant les mains pour cet ultime au revoir.

C’est émotionnant, bien sûr, mais c’est une façon très douce de mourir. En voyant cela, j’ai souhaité que, le jour venu, je puisse moi aussi partir aussi librement et aussi sereinement que cela.

Albert nous a donc quittés le jour du Solstice d’hiver. Il est parti rejoindre les Etoiles. Dans la famille, nous sommes tous très remués et tristes d’avoir perdu un être cher, mais nous sommes aussi heureux de savoir que sa volonté a été respectée. Il a été traité dignement comme un être humain libre de ses choix.

Il n’y aura pas de funérailles, car Albert a aussi fait don de son corps à la Science.

En cette période de l’année, je souhaite à chacun de vous, une très bonne fin de 2010 et une heureuse année 2011.

A. S., mars 2011

Enfin, une date est fixée !

Comme il le souhaitait et l’avait décidé, mon mari M.M. a bénéficié de la loi sur l’euthanasie.

Après 4 pontages, et la pose d’un pacemaker, les médecins découvrent un anévrisme aortique. M. est opéré dans une clinique bien connue du centre de Bruxelles… l’opération tourne mal, les infirmières évoquent un transfert vers les soins palliatifs.

Les soins palliatifs, mon mari n’en voulait pas.

Il est quasi moribond, les staphylocoques dorés l’envahissent. Brusquement, je l’entends dire « je crève de faim » ! Ce sursaut me donne la force de demander à ce qu’il soit transféré dans un hôpital plus proche de notre domicile.

Six mois de revalidation, la moelle épinière ayant été touchée, mon mari ne tenait plus sur ses jambes et vivait dans une chaise roulante. A nouveau les staphylocoques dorés sont là qui retardent l’espoir d’aller dans un vrai centre de convalescence. La position debout est impossible, une escarre post-opératoire ne s’est toujours pas refermée (et ne se refermera jamais). Enfin, le voici dans une maison de repos dépendant du CPAS de Bruxelles.

« Je ne sais combien de temps je tiendrai le coup ! « Mon mari souffre tant physiquement que moralement. Il essaye de ne pas dépendre des infirmières pour aller aux toilettes, le temps de sortir du lit à la force des bras pour aller dans le fauteuil et arriver dans la salle de bains… il est parfois trop tard.

Depuis le début, le compagnon avec qui j’ai partagé 40 années, pense qu’il faudrait « arrêter, que cela se termine ».

« Pense à moi » lui dis-je, même si je partage son souhait et le respecte.

Commence un dialogue long et très humain avec l’un des médecins de l’institut où est mon mari. Ce dernier n’a jamais pratiqué d’euthanasie et le décès de son patient n’est pas prévu à court terme. Il va donc contacter un confrère, puis un psychiatre, comme troisième médecin. Tout cela prend du temps !

Je me rends à l’assemblée générale de l’ADMD dont mon mari et moi-même sommes membres. Au retour, je me précipite voir mon mari et croise le médecin, je l’interpelle « Docteur, je reviens de l’assemblée de l’ADMD, j’ai pensé à vous » et lui de répondre « Moi, madame, je pense à vous jour et nuit ». Enfin, une date est fixée, mon mari est serein, il peut dire au revoir à ses amis proches qu’il accueillera à la cafétéria de l’établissement. Trois jours de suite, aux heures autorisées, ceux-ci viendront. Une infirmière, en passant, s’exclame « C’est bien gai ici, on fête un anniversaire ? »

Le jour est arrivé, les filles et moi nous le retrouvons dans sa chambre pour échanger nos derniers mots ensemble et allons attendre à l’extérieur. Quelques minutes après, le docteur nous dit de revenir. M. est allongé, le visage paisible. C’est fini, nous sommes le 30 mai 2010.

Denise Engels, 18 février 2011

La mort la plus sereine

Le patient a décidé du jour et de l’heure et a bénéficié d’une euthanasie respectant les règles à la fois légales, éthiques et médicales. Nous lui avons injecté 2 gr de Pentothal en intraveineuse et le décès est survenu après 5 minutes, de façon paisible. Je tiens à signaler que ses proches étaient présents et qu’ils ont manifesté leurs remerciements à l’égard de l’équipe.

Je vous remercie infiniment pour les conseils que vous m’avez donnés. (…) Le patient s’est endormi dans les dix minutes (…). Toute sa famille m’est particulièrement reconnaissante.

Je vous remercie pour votre soutien qui m’a permis de réaliser cette première expérience d’euthanasie.

Le patient est parti très sereinement, en présence de sa famille et de l’infirmière-chef d’unité. (…) Après l’injection, le patient s’est endormi immédiatement et s’est éteint une demi-heure plus tard.

Étaient présents son compagnon et son fils. (…) Chacun a pris congé. La patiente s’est rapidement endormie pendant l’injection et la respiration s’est progressivement arrêtée.

L’euthanasie s’est déroulée en présence de la famille de la patiente. L’injection a été réalisée après les adieux de chacun.

Ce fut la mort la plus sereine que j’ai connue pendant toute ma longue carrière.

Pratiquée au domicile de la patiente, l’euthanasie s’est déroulée en présence de l’époux et des enfants. La demande a été réitérée avant l’injection. (…) Ce fut un moment d’intense émotion.

Le patient a remercié chacun des présents. Décès calme en présence de la famille

Le patient est décédé après avoir pris congé de son épouse et de son frère, en présence de l’infirmière. J’ai personnellement été heureux qu’il ait pu finir de souffrir et que sa demande ait pu être respectée.

J’ai accompli ma mission bien que ce geste soit très difficile.

M. Englert, décembre 2010

Ajudas-me a Morrer?

Ajudas-me a Morrer? A Morte Assistida na Cultura Ocidental do Século XXI

Laura Ferreira dos Santos
Adjuras

O que é a eutanásia? O que é o suicídio (medicamente) assistido? O que é a morte assistida? Cuidados paliativos e morte assistida excluem-se mutuamente? Que leis, práticas e princípios ético-políticos orientam os países que despenalizaram pelo menos uma das formas de morte assistida? [Description de l’éditeur]

Sextante, 2009
9789898093943
414 pages

Mourir dans la dignité ? Soins palliatifs ou suicide assisté, un choix de société

Mourir dans la dignité ? : Soins palliatifs ou suicide assisté, un choix de société

Jean-Pierre Béland
Mourir dans la dignité

Un patient atteint d’une maladie incurable terminale demande à mourir dans la dignité. Comment le médecin clinicien, le personnel soignant, les proches et la société, pourraient-ils bien interpréter cette demande ? Le patient veut-il des soins palliatifs pour cesser de souffrir indûment ou hâter la fin de sa vie ? Cet ouvrage répond aux exigences d’information, de débat public et de réflexion aidant à l’explication et à la résolution de ce dilemme soulevé par la demande de mourir dans la dignité en situation de fin de vie. Il situe la réflexion et le débat dans l’horizon d’une « liberté responsable » en bioéthique, afin de favoriser le respect de la dignité de la personne, un accent plus important étant mis sur les conditions de son autonomie de choix. La première partie de l’ouvrage montre qu’il y a trois conditions nécessaires à une prise de décision responsable en situation : la clarification des concepts impliqués dans les choix possibles, l’état de la législation, la démarche éthique. La seconde partie de l’ouvrage présente ensuite quatre témoignages qui illustrent que la plupart des médecins, des soignants, et des proches sont confrontés, sans le vouloir vraiment, à la complexité des situations de la demande de mourir dans la dignité. [Description de l’éditeur]

Presses Université Laval​, 2009
978-2763786483
140 pages